Comprendre la consommation de substances psychoactives chez les adolescents et comment la thérapie EMDR peut soutenir le rétablissement

 Comprendre la consommation de substances psychoactives chez les adolescents et comment la thérapie EMDR peut soutenir le rétablissement

Mis à jour le 29 mars 2025

Une interview de Viviana Triana, qui travaille avec les jeunes et la consommation de substances, de nous en dire plus sur ce sujet important, publié dans Focal Point Blog. Viviana aborde la prévalence de la consommation de substances chez les adolescents, partage quelques principes à prendre en compte pour soutenir les jeunes et les familles en voie de rétablissement, et examine les stratégies de réduction des dommages pour l’utilisation de l’EMDR avec les adolescents qui consomment des substances de manière abusive.

Article publié en anglais – accès libre en ligne

L’abus de substances et les troubles liés à l’utilisation de substances (TUS) chez les adolescents représentent un défi croissant pour les professionnels de la santé mentale. Avec l’augmentation des taux d’expérimentation de drogues et d’alcool chez les adolescents et les overdoses mortelles et non mortelles, les thérapeutes qui travaillent avec des jeunes victimes de traumatismes sont confrontés à la tâche difficile d’aborder non seulement leurs traumatismes mais aussi leurs liens potentiels avec la consommation de substances psychoactives. Heureusement, des thérapies fondées sur des données probantes, comme l’EMDR, peuvent apporter un soutien précieux aux adolescents qui s’engagent dans la voie de la consommation de substances et du rétablissement. 

Je vais me pencher sur la prévalence de la consommation de substances chez les adolescents, partager quelques principes à prendre en compte pour soutenir les jeunes et les familles en voie de rétablissement, et examiner les stratégies de réduction des dommages pour l’utilisation de l’EMDR avec les adolescents qui consomment des substances de manière abusive.

Résumé

Prévalence des troubles liés à l’utilisation des substances ou de la consommation de substances chez les adolescents 

Quelle est la prévalence des troubles liés à l’utilisation de substances ou de la consommation de substances chez les adolescents ?

L’abus de substances chez les adolescents est un problème majeur de santé publique. 

Selon le National Institute on Drug Abuse (NIDA, 2024), environ 1 adolescent sur 7 répondra aux critères d’un trouble lié à la consommation de substances avant l’âge de 18 ans. 

Les taux d’overdose chez les adolescents ont fortement augmenté, en grande partie à cause de la présence croissante de fentanyl dans les pilules contrefaites. 

Les décès par overdose ont presque doublé entre 2019 et 2020 et ont continué à augmenter de 20 % en 2021, avec 5,49 décès par overdose pour 100 000 adolescents. Le fentanyl était impliqué dans une grande majorité de ces surdoses mortelles, et c’est d’autant plus préoccupant que les adolescents peuvent ne pas se rendre compte du danger que représentent les pilules de contrefaçon. 

Ces statistiques soulignent la nécessité de considérer la consommation de substances dans le contexte plus large du développement de l’adolescent. L’adolescence est une phase clé de la formation de l’identité et de la vulnérabilité à l’influence des pairs, où les traumatismes, le stress ou les problèmes de santé mentale peuvent augmenter la probabilité de consommer des substances comme mécanisme d’adaptation. Les traumatismes, en particulier, sont étroitement liés aux troubles liés à l’utilisation de substances (TUS) chez les adolescents. 

Selon le National Child Traumatic Stress Network (NCTSN, 2008), les adolescents qui subissent un traumatisme sont trois à quatre fois plus susceptibles de développer des troubles liés à l’usage de substances que leurs pairs non traumatisés

Pour les thérapeutes EMDR, la prise en compte des traumatismes est essentielle pour briser le cycle du suicide.

Principes clés de l’utilisation de l’EMDR pour soutenir les jeunes et les familles dans leur rétablissement

L’importance de « regarder en dessous » pour s’attaquer aux causes profondes de l’abus de substances par la résolution des traumatismes

En tant que thérapeutes EMDR, il est essentiel de regarder au-delà des comportements superficiels de l’abus de substances et d’en explorer les causes profondes. De nombreux adolescents se tournent vers les substances pour engourdir la douleur émotionnelle résultant d’expériences traumatisantes telles que les abus, la négligence ou la perte d’un être cher. 

L’EMDR offre une occasion unique d’aborder ces blessures émotionnelles plus profondes en retraçant les souvenirs traumatiques qui sont souvent à l’origine du besoin de substances comme mécanisme d’adaptation. 

Au lieu de se concentrer uniquement sur l’arrêt de la consommation de substances, la thérapie EMDR nous permet de cibler les traumatismes non résolus qui alimentent la dépendance

La question essentielle n’est pas de savoir si l’EMDR peut aider les adolescents touchés par l’abus de substances, mais plutôt de savoir quand et comment introduire les bonnes phases du traitement par la thérapie EMDR

Au fur et à mesure que ces souvenirs traumatiques sont retraités, le recours à des stratégies d’adaptation inadaptées, comme la consommation de substances, diminue souvent. 

Traiter le traumatisme à la racine permet non seulement de réduire les symptômes de la dépendance, mais aussi de favoriser la guérison émotionnelle à long terme.

Soutenir les systèmes familiaux dans le rétablissement : il faut vraiment tout un village

La dynamique familiale joue un rôle essentiel dans le développement et le rétablissement des troubles liés à la consommation de substances chez les adolescents. La thérapie EMDR peut être un outil puissant lorsqu’elle est intégrée à la thérapie familiale, en aidant à résoudre les traumatismes relationnels qui peuvent contribuer à la consommation de substances. Les adolescents en voie de guérison éprouvent souvent de profonds sentiments de honte ou de culpabilité, tandis que les familles peuvent être aux prises avec une colère ou une peur non résolue liée aux comportements passés de l’adolescent.

Il est essentiel d’impliquer les familles ou un soignant de confiance dans le traitement de l’adolescent. Dans ma pratique, l’offre de groupes de soutien par les pairs pour les jeunes, parallèlement aux groupes de soutien par les parents, s’est avérée inestimable. Grâce à la thérapie EMDR, les membres de la famille peuvent traiter leur douleur émotionnelle, créant ainsi des relations plus saines et plus solidaires.

Le modèle de traitement adaptatif de l’information (TIA) qui sous-tend la thérapie EMDR permet également aux familles de mieux comprendre comment un traumatisme non traité peut avoir un impact sur le comportement et l’adaptation, facilitant ainsi une meilleure communication et une plus grande empathie. Une stratégie que j’ai trouvée particulièrement efficace consiste à utiliser le protocole de traitement de groupe intégratif EMDR pour aider les familles à traiter collectivement les traumatismes communs liés à l’abus de substances. Cette approche a permis de réaliser des progrès significatifs dans la promotion du rétablissement et la construction d’unités familiales plus solides.

L’importance du traitement des troubles mentaux cooccurrents

Les troubles liés à l’utilisation de substances psychoactives (TUS) sont rarement isolés. Les adolescents qui luttent contre l’abus de substances sont souvent confrontés à des troubles mentaux concomitants, tels que l’anxiété, la dépression ou le TSPT. L’EMDR s’est avéré efficace non seulement dans le traitement des traumatismes, mais aussi dans le traitement de ces troubles concomitants. Traditionnellement, le traitement des TUS et des autres troubles de la santé mentale est séparé, les patients étant orientés vers des prestataires différents pour chaque problème.

Cependant, la thérapie EMDR offre une approche plus intégrée en ciblant les expériences traumatiques fondamentales qui alimentent à la fois la consommation de substances et les symptômes de santé mentale qui l’accompagnent. D’après mon expérience, les adolescents s’améliorent considérablement lorsqu’ils sont traités simultanément pour les traumatismes et les troubles cooccurrents. L’EMDR les aide à mieux réguler leurs émotions et à réduire leur consommation de substances psychoactives plus efficacement que lorsque ces problèmes sont traités séparément. Cette approche holistique conduit à un rétablissement plus durable et à un bien-être émotionnel.

Développer la résilience et les mécanismes d’adaptation : Les forces et les ressources intérieures qui peuvent être bien cachées

Se rétablir d’une consommation de substances psychoactives, c’est bien plus qu’arrêter, c’est construire des mécanismes d’adaptation durables et sains. La thérapie EMDR joue un rôle essentiel en aidant les adolescents à découvrir et à développer leurs forces intérieures, en encourageant les croyances et les comportements adaptatifs et en les dotant d’outils pour gérer le stress sans dépendre de substances.

Une intervention pratique que j’ai trouvée utile avec mes patients consiste à créer une « chronologie des ressources ». Ensemble, nous identifions des ressources positives telles que des personnes, des lieux, des animaux, des couleurs ou de petits moments de réussite qui peuvent sembler insignifiants mais qui représentent des aperçus de sobriété ou un sentiment de contrôle. Ces moments sont des ressources clés qui mettent en évidence les forces et la résilience de l’adolescent. Cet exercice plante une graine d’espoir et renforce la conviction que le rétablissement est possible.

En mettant l’accent sur ces ressources et ces changements, aussi minimes soient-ils, nous aidons à construire des réseaux de mémoire adaptative, qui sont essentiels pour favoriser la résilience. Dans le cadre de la thérapie EMDR, cet aspect peut être intégré à la phase 2 de réévaluation et à chaque fois que l’adolescent fait état de changements positifs ou de petites victoires. Le renforcement de ces réseaux permet d’agir comme un tampon contre la rechute. De cette manière, l’EMDR résout les traumatismes du passé et renforce les bases d’un rétablissement à long terme.

Comment utiliser la thérapie EMDR lorsque les jeunes consomment activement des substances psychoactives ?

Alors que de nombreuses modalités thérapeutiques donnent la priorité à l’abstinence avant de traiter les traumatismes, la thérapie EMDR peut être utilisée efficacement avec des adolescents qui consomment activement des substances psychoactives lorsqu’elle est abordée sous l’angle de la réduction des risques. La réduction des risques consiste à rencontrer les patients là où ils sont et à minimiser les conséquences négatives de la consommation de substances sans exiger un arrêt immédiat. Voici comment l’EMDR peut être adapté aux adolescents qui consomment activement.

Priorité à la stabilisation

Avant d’entamer le retraitement EMDR (phase 4), il est essentiel de se concentrer sur la stabilisation, en s’assurant que les besoins fondamentaux de l’adolescent sont satisfaits et qu’il se trouve dans un environnement sûr. Cette phase implique également de dispenser une éducation à la prévention des overdoses et de doter les adolescents d’outils tels que la Naloxone, un médicament salvateur qui peut inverser les overdoses d’opioïdes, leur donnant ainsi les moyens de gérer les crises potentielles. Étant donné qu’un travail intensif sur les traumatismes peut être accablant pour les adolescents qui consomment activement des substances, l’accent est mis ici sur la régulation émotionnelle et les techniques d’ancrage afin d’établir une base thérapeutique solide. 

Le développement et l’installation de ressources (DIR) peuvent aider les adolescents à élargir leur fenêtre de tolérance. 

En outre, des protocoles modifiés tels que la désensibilisation par les mouvements oculaires (EMD) (Shapiro, 2018) peuvent contribuer à l’activation des symptômes, tandis que la stabilisation du syndrome de stress aigu (ASSYST) et les procédures fondées sur des données probantes basées sur le TAI peuvent être bénéfiques pour réduire les symptômes intrusifs et réguler le système nerveux de l’adolescent. 

Ces interventions apportent un soutien émotionnel essentiel avant d’entamer un travail plus approfondi sur les traumatismes, ce qui permet aux jeunes de participer à la thérapie en toute sécurité.

Objectifs de réduction des risques et collaboration

Pour que la thérapie EMDR soit efficace, il est essentiel de collaborer avec les adolescents afin de fixer des objectifs de réduction des dommages. Au lieu d’imposer des conditions strictes d’abstinence totale, ces objectifs doivent mettre l’accent sur la réduction de la fréquence ou de l’intensité de la consommation de substances, créant ainsi un chemin plus réaliste et gérable vers le rétablissement. Par exemple, un adolescent n’est peut-être pas prêt à arrêter complètement la marijuana, mais il peut être ouvert à une diminution de sa consommation d’opioïdes.

Cette approche permet de rencontrer les adolescents là où ils en sont dans leur parcours de rétablissement et favorise une alliance thérapeutique plus forte. En les impliquant activement dans le processus de définition des objectifs, vous renforcez leur engagement et leur investissement dans la thérapie EMDR, ce qui augmente la probabilité qu’ils acceptent le traitement.

En outre, il est utile de trouver des moyens de mesurer la réduction des dommages. Dans mon cabinet, par exemple, nous demandons aux adolescents de se soumettre à un test de dépistage de drogues au début du traitement, avec confirmation des niveaux envoyés à un laboratoire, puis à nouveau pendant le traitement. Ce processus permet non seulement de suivre les niveaux de consommation de substances, mais sert également d’outil tangible pour mesurer les progrès et identifier toute tendance préoccupante à laquelle il faudrait remédier. 

En fin de compte, cette approche collaborative et mesurable répond à leurs besoins immédiats tout en jetant les bases d’un changement significatif et d’un rétablissement durable.

Cibler les déclencheurs liés aux traumatismes

Pour les adolescents qui consomment activement des substances, il n’est peut-être pas possible de se lancer directement dans un travail approfondi sur les traumatismes. Cependant, la thérapie EMDR peut être utilisée efficacement pour traiter les déclencheurs liés aux traumatismes qui contribuent à leur consommation d’alcool et de drogues. Au lieu de se concentrer sur les traumatismes importants du passé qui pourraient submerger le patient, il faut se concentrer sur des expériences plus faciles à gérer et plus récentes. Cette approche permet de désensibiliser les déclencheurs sans déstabiliser l’adolescent, ce qui favorise une plus grande stabilité émotionnelle à mesure qu’il progresse dans le traitement. Dans ma pratique, j’ai trouvé le Feeling State Protocol et le Desensitization of Triggers and Urge Reprocessing (DeTur) particulièrement utiles pour gérer les envies et traiter les déclencheurs. Dans certains cas, l’utilisation de ces protocoles en premier lieu peut aider les adolescents à mieux comprendre leurs réactions émotionnelles et à apprendre des mécanismes d’adaptation plus sains, facilitant ainsi une transition plus aisée vers un travail plus approfondi sur les traumatismes lorsqu’ils sont prêts.

Intégrer la thérapie EMDR à une prise en charge globale

L’intégration de la thérapie EMDR à un ensemble de services de soutien renforce son efficacité dans le traitement des adolescents ayant des problèmes de toxicomanie. En associant l’EMDR à l’éducation à la toxicomanie, à la thérapie familiale, aux groupes de soutien par les pairs, à la nutrition et aux cours de préparation à la vie active, les thérapeutes peuvent créer une approche de traitement plus holistique qui répond aux défis multiples auxquels ces adolescents sont confrontés. En outre, l’intégration de modèles EMDR futurs tout au long du traitement permet aux adolescents d’envisager et de pratiquer des comportements plus sains, renforçant ainsi les compétences dont ils ont besoin pour réussir leur rétablissement.

Cette approche globale tient compte de l’ensemble de la personne – en abordant les traumatismes, la consommation de substances et la régulation émotionnelle – ce qui contribue à une guérison plus durable. L’intégration de l’EMDR à une prise en charge globale jette les bases d’un changement durable et donne aux jeunes patients les moyens de cultiver une vie plus saine.

La thérapie EMDR offre un cadre efficace pour aborder le problème majeur de santé publique que constitue l’abus de substances chez les adolescents. Les thérapeutes EMDR peuvent développer des outils pour soutenir les patients et leurs familles pendant qu’ils « regardent en dessous » et s’attaquent aux causes profondes de l’abus de substances. En donnant la priorité à la stabilisation, à la réduction des dommages et à la collaboration, les thérapeutes EMDR peuvent aider les jeunes à se sentir capables de retraiter les déclencheurs actuels et les traumatismes passés. En s’attaquant aux traumatismes sous-jacents, ils mettent en place des mécanismes d’adaptation sains et durables qui les soutiendront à l’avenir tout au long de leur rétablissement.

En savoir plus 

Références de l’article Comprendre la consommation de substances psychoactives chez les adolescents et comment la thérapie EMDR peut soutenir le rétablissement :

  • auteurs : Viviana Triana
  • titre en anglais :  Understanding Substance Use in Teens and How EMDR Therapy Can Support Recovery
  • publié dans : Focal Point Blog
  • doi : 

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